Comment l’informatique a pris le contrôle de Wall Street

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A l’heure actuelle, l’ensemble du système financier et de plus en plus sous le contrôle du “trading algorithmique” : les lignes de code ont progressivement pris le pouvoir ces 10 dernières années. Selon certaines estimations, environ 70 % des transactions de Wall est aujourd’hui constitué d’ordres massifs passés par des ordinateurs. Les soubresauts du marché ne s’expliquent plus par l’action de traders rivalisant d’intuitions et de bons tuyaux, mais par celle de ces programmes qui quêtent en permanence le moindre profit potentiel.

Principe de fonctionnement

Au printemps 2010, la société Dow Jones a lancé Lexicon, un service d’information financière pour les investisseurs professionnels, mais la plupart de ses abonnés sont des ordinateurs. Ou plutôt, des algorithmes, ces programmes informatiques qui génèrent une part croissante des ordres boursiers. Pour ces lecteurs-là, pas la peine d’écrire des articles ni même de faire des phrases, des données brutes suffisent. De la lecture d’une information jusqu’à son utilisation dans une décision d’investissement, tout se fait automatiquement, sans intervention humaine. Les machines parlent aux machines.

Ces algorithmes, très poussés sont capables de ce que l’on appelle les «transactions à haute fréquence», ou encore «flash trading»: l’exécution d’ordres ultrarapides (on parle de microsecondes, c’est-à-dire de millionièmes de seconde !) et massifs (jusqu’à 10 000 opérations par seconde sur un seul titre) qui permettent de transformer une infime variation de cours en véritables fortunes.

Limites et inconvénients du système

Avec toutes ses informations disponibles grâce à la technologie, le système financier est bien plus précis, efficace et rapide que lorsqu’il était sous contrôle humain. Mais il est également devenu incompréhensible, imprévisible et incontrôlable ! Les algorithmes répondent en temps réel au moindre changement détecté sur les marchés, mais cela provoque évidemment la réplique d’autres machines, et ainsi de suite. S’il est relativement simple de contrôler ces programmes un par un, leurs interactions permanentes ont parfois des résultats inattendus, qui peuvent bouleverser le système. Comme à Wall Street, le 6 mai 2010, lorsque l’indice Dow Jones a perdu près de 1 000 points, soit une chute record de plus de 9% à une vitesse folle, l’essentiel du recul ayant été enregistré en quelques minutes seulement, avant d’être partiellement rattrapé tout aussi rapidement.

Les flash crash

Le flash crash est une phénomène qui entraine une chute brutale d’une action ou d’un ensemble d’actions, en quelques minutes. Le plus fameaux reste le flash crash de Mai 2010 :

Coupable : un important gérant de fonds ayant utilisé un logiciel pour se couvrir par un ordre de vente d’un montant de 4,1 milliards de dollars, exécuté en vingt minutes au lieu de plusieurs heures, habituellement, pour une transaction de ce genre. Cette vente brutale a fait plonger le marché via la réaction en chaîne d’autres algorithmes, et déclenché des mouvements absurdes – des titres Accenture ont été vendus pour 1 centime tandis que des actions Apple trouvaient preneur à 100 000 dollars !

Ce «flash crash» n’est pas resté un incident isolé : dans la journée du 27 septembre, par exemple, l’action Apple a perdu 4% en trente secondes, sans raison apparente, et celle de Progress Energy, un producteur d’électricité américain, a mis encore moins longtemps pour plonger de… 90%.

Une régulation nécessaire

La SEC (Securities and Exchange Commission) a réagi à ces flash crash : «Il aurait suffi d’une intervention humaine pour ne pas donner suite à ces opérations, a ainsi déclaré Mary Schapiro, la présidente de la SEC. Les systèmes automatisés, eux, ont suivi leur logique et poursuivi leur travail sans voir que les prix étaient ridicules.» Depuis le flash crash, la SEC cherche comment éviter qu’un tel désastre ne se reproduise. Elle a, par exemple, imposé la mise en place de «coupe-circuits» capables d’arrêter les échanges sur un titre si son prix varie de plus de 10% en 5 minutes. Elle propose aussi de limiter la vitesse et l’ampleur des ordres donnés par les algorithmes et de créer une base de données permettant d’enregistrer les actions des algorithmes.

Sur les marchés, il est aujourd’hui admis que le système a dépassé ses créateurs. «La finance est devenue une espèce de vaste système automatisé qu’aucune science ne peut décrire», explique Michael Kearns, un chercheur en informatique de l’université de Pennsylvanie qui a lui-même conçu des algorithmes pour Wall Street. La Bourse obéit de plus en plus à une intelligence artificielle qui n’est plus calquée sur le comportement humain. Les algorithmes nous laissent acheter et vendre sur le marché. Mais en réalité, il leur “appartient”.

 

Sources :
Felix Salmon, Jon Stokes
©«Wired» 2011, traduit par Frédéric Béghin

© Capital

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